"Demain, la vallée" : quel impact ? Quand la recherche devient récit, et que le récit invite à l'action
- cecilebarnaud
- il y a 5 jours
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« Demain, la vallée » : quel impact ?
Avec plus de 350 projections-débats et 12000 spectateurs en deux ans, le succès que rencontre ce film n‘en finit pas de nous étonner. Nous avons voulu mieux comprendre son impact : comprendre ce que suscite cette mise en récit d’un processus de recherche participative, comprendre les effets des projections sur les spectateurs, les territoires, et les dynamiques collectives. En 2025, je propose à Alice Villanueva de s’emparer de cette question dans le cadre de son stage de master 1. Elle conduit 16 entretiens semi-directifs avec des organisateurs de projections, puis élabore un sondage en ligne diffusé à l’ensemble des structures concernées, recueillant plus de 100 réponses.
Cette enquête a permis de documenter les motivations à projeter ce film, les thématiques discutées lors des projections-débats, et leurs effets sur les territoires.
Un film inspirant qui invite à l’action
Les résultats montrent que ce qui a motivé les projections, c’est d’abord un film inspirant, qui donne de l’espoir et invite à l’action. Les organisateurs y voient aussi un film qui invite à dépasser les clivages et les préjugés sur les différents modèles agricoles, faisant souvent écho aux problématiques de leur territoire.
Pour beaucoup, le film est aussi un moyen d’aborder les questions de coconstruction d’un projet de territoire, de participation citoyenne et de vivre ensemble, en montrant concrètement des méthodes de concertation pour concilier des acteurs et actrices aux intérêts divergents.
Ont aussi été soulignés l’esthétique et l’émotion qui se dégagent du film, et le fait qu’il soit accessible et compréhensible par tous, tout en étant suffisamment approfondi pour intéresser aussi un public de connaisseurs.
Des projections qui relient et ouvrent les débats
Les projections ont permis à des milliers de personnes de se rassembler, d’échanger, dans différents lieux en France et à l’international : des cinémas, des festivals, des associations, des collectivités, des lycées, etc.
Ces projections ont servi de point de départ à des débats sur une diversité de thématiques, telles que la conciliation entre pratiques agricoles et préservation de l’environnement, l’engagement citoyen – ce que chacun peut faire à son échelle-, la souveraineté alimentaire et les circuits-courts, les difficultés du monde agricole, les enjeux du foncier et des politiques agricoles.
En termes d’apprentissages, les organisateurs et organisatrices mettent en avant que le film permet de faire prendre conscience de la complexité du monde rural, et de sa diversité. Par ailleurs, à travers ces projections, beaucoup ont découvert l’existence même de la recherche-action participative, loin des représentations habituelles de la recherche.
Pour les enseignantes et enseignants, dans les lycées agricoles et généraux, et dans l’enseignement supérieur, le film s’est révélé un outil pédagogique puissant : il a suscité des débats, des travaux de groupe et des prolongements en classe, notamment sur les enjeux du monde agricole et la concertation territoriale.
Une alliance art-science vectrice de transformations
Au-delà des débats, certaines projections ont eu impact concret, en permettant d’amorcer ou de renforcer des dynamiques collectives sur les territoires : lancement de processus participatifs, renforcement d’initiatives locales autour de la Sécurité Sociale de l’Alimentation, ou encore création de groupes de travail sur les systèmes alimentaires territoriaux. En juin 2025, sur les 108 personnes ayant répondu au sondage, 21 considèrent que la projection a eu impact sur leur territoire. Autant de dynamiques qui montrent que le film a agi comme catalyseur de dialogue et de coopération.
Cependant, si une difficulté ressort, c’est celle de dépasser l’entre-soi : attirer au-delà du public déjà convaincu. Les débats ont souvent rassemblé des personnes déjà sensibilisées aux questions écologiques et alimentaires. Le défi reste donc d’ouvrir ces espaces à ceux qui ne s’y reconnaissent pas encore — agriculteurs conventionnels, élus locaux, etc.
Mais l’expérience montre que le film-documentaire peut être bien plus qu’un outil de communication. En donnant à voir une dynamique collective sons l’angle de l’émotion, il s'avère être un moteur d’engagement et un levier de transformation sociale. A travers le film, la recherche devient récit, et le récit devient moteur d’action.
Pour en savoir plus sur cette enquête, je vous invite à lire mémoire de stage d’Alice Villanueva : https://www.just-scapes.fr/_files/ugd/018f44_663586aafa8f4ae8b5e116af0adfa420.pdf





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